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Lucioles n°10 - juin 2013


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Avec un beau sourire… La RATP contrôle et réprime

Métro et bus ne sont pas des lieux sûrs pour les pauvres. Les contrôleurs traquent les fraudeurs, des hordes de flics de différents uniformes pourchassent les personnes qui n’ont pas les bons papiers ou un toit sous lequel se poser. Et il y en a même, parmi ces sales sbires, qui se plaignent parfois lorsque quelqu’un ose réagir. Sur un des mille blogs qui infestent le monde virtuel, un contrôleur RATP se lamente d’avoir été victime d’une « agression physique et verbale ». Par un parallèle parlant entre contrôleurs et flics, il déplore l’agressivité diffuse envers eux et, plus généralement, tous ceux qui portent un uniforme. Notre très perspicace guignol suggère à la RATP de « faire une campagne sur les contrôleurs », de façon à ce que les gens les accueillent « avec un beau sourire » ! Certes, tous ceux et celles, de plus en plus nombreux, qui fraudent métro, tram et bus partageront l’idée d’une campagne (de dératisation !) contre les contrôleurs. C’est une simple et sincère haine viscérale envers les larbins de la RATP, qui nous harcèlent pendant les déplacements auxquels nous sommes généralement contraints. Mais le rôle de la RATP et de ses semblables dans le fonctionnement de ce monde n’est pas des moindres.

La Régie autonome des transports parisiens est l’entreprise d’Etat qui a pour tâche de trimbaler de droite à gauche, de leurs dortoirs-cages à lapins aux lieux où ils doivent bosser ou consommer, aller-retour, les habitants de la région parisienne, notamment les pauvres. D’ailleurs, les énormes (et toujours plus envahissants) espaces publicitaires dans les transports en commun en font un lieu privilégié de la prédisposition à la consommation. Dans une métropole qui n’est guère faite à la mesure des individus, mais en fonction du cycle production-consommation et du contrôle du troupeau humain, les transports en commun sont primordiaux. A côté des transports de marchandises et matières premières, d’énergie et d'informations, il est également nécessaire de déplacer cette espèce particulière de matière première et de marchandise que sont les travailleurs et les consommateurs. Voilà donc la RATP et les autres gérants des transports (la SNCF, les compagnies aériennes et les gérants des aéroports, etc.). Tous essayent de nous vendre le mythe de la « liberté de mouvement ». Mais la gentille expression « métro-boulot-dodo » devrait être remplacée par une plus correcte : « produit-consomme-obéit », où les transports en commun sont les tirets entre les mots.

Obéir. N’oublions pas, en effet, l’autre aspect fondamental de la gestion des transports, celui du contrôle et de l’éventuelle répression. Métro, bus et tram sont littéralement remplis de caméras de surveillance. A Paris, la RATP dispose de 8200 caméras dans les métros et RER, auxquelles il faut ajouter les 18 000 embarquées à bord des 4300 bus. A ces vidéos ont accès le centre de contrôle de la RATP et aussi, automatiquement, les keufs de la Brigade des réseaux ferrés. En temps normal, les vidéos sont conservées 72 heures, mais une fois qu’elles sont réquisitionnées par la police il n’y a plus de limites. De plus, les cartes RFID, comme le Pass Navigo, enregistrent et conservent une trace de tous les déplacements de leurs utilisateurs. Et que dire des contrôleurs et agents de sécurité qui sévissent dans les stations ? Ce n’est pas un hasard si la RATP est un important rouage de la machine à enfermer et expulser des sans-papiers. Aux contrôles au facies suit très souvent l’appel des flics, qui embarquent ces personnes (car l'absence des bons papiers est bizarrement souvent associée au manque de thunes, donc de billet !). Du coup, l'absence de ticket se solde par la case Centre de rétention, parfois en passant par celle du tabassage de la part des molosses de la RATP Sûreté ou des flics, toujours par celle de l’humiliation prodiguée par les deux.

Contrôle et répression sont un ensemble de structures physiques et organisationnelles et de rapports sociaux. Il ne s’agit pourtant pas d’entités abstraites. Ils s'appuient sur des outils bien concrets (caméras, portiques…) et surtout sur l’œuvre parfois effrayante et exemplaire mais bien plus souvent anodine et quotidienne d’hommes et de femmes. Lorsqu'on utilise les transports en commun on ne peut pas éviter d'y voir des uniformes. Sur le réseau exploité par la RATP, on trouve en service environ 1200 contrôleurs « normaux », on ne sait pas combien d'agents CSA (Contrôle Sécurité Assistance, mi-vigiles mi-contrôleurs, ceux en gilets vert) et un millier d’agents du GPSR (Groupe de protection et de sécurisation des réseaux, les cow-boys de la RATP Sûreté). Et si on doit prendre des lignes de lointaine banlieue, celles gérées par la SNCF, on y croise d’autres contrôleurs et d’autres mercenaires, les quelques 1200 agents de la SUGE (la Sûreté ferroviaire). Et est-ce qu’il y a besoin de dire qu’il y a aussi plein de flics ? 1200 chtars de la Brigade des réseaux ferrés (SDRPT Sous-direction régionale de la police des transports) sont affectés au réseau d'Île-de-France. La BAC patrouille elle aussi dans le métro, dans les bus ou encore se poste juste à la sortie des stations, comme le font la BST à Belleville ou les CRS à Barbès. Contrôleur ou agent de sécurité, ce sont des métiers pour lesquels il n’y a pas de crise. La RATP les recrute en permanence. Les spécificités demandées pour devenir contrôleur ? Ne jamais avoir eu de problèmes avec la justice (c’est-à-dire être un bon citoyen, prêt à collaborer avec le Pouvoir), être capable de regarder un billet, de filer une amende, d'emmerder les pauvres. Ils appellent ça la « maîtrise du territoire ». C’est simple, il suffit d’être un lâche ordinaire. Par contre, pour devenir un nervi du GPSR il faut être bien costaud, un vrai gorille (l’agressivité qui va avec mais l'intelligence et l'empathie du primate en moins). Leur tâche est en effet d’« assurer en collaboration avec la police la mission de sécurisation sur les réseaux de la RATP ». La chasse aux pauvres, quoi. Du coup, ces mercenaires sont en uniforme bleu d’« ordre public », assermentés et armés. On les voit exhiber tonfas, gazeuses et flingues. Les bouffons de la presse croient nous impressionner en disant que le niveau de prestation physique qu'on demande aux agents du GPSR est équivalent à celui des super-flics du GIGN. Mais est-ce que ces lèche-culs se souviennent de l’émeute qui a eu lieu à la Gare du Nord fin mars 2007, quand les chiens de la RATP ont couru se cacher derrière les keufs (qui en ont morflé) ? Leur sale besogne leur rapporte 1650€ bruts (hors primes) pour 13 mois pour les contrôleurs en début de carrière, et 1800€ pour les mercenaires du GPSR.

Face aux contrôles dans les transports en commun, on peut sentir une méfiance et une défiance épidermiques diffuses : ce sont des emmerdeurs, qu’ils nous lâchent. D’accord, mais il ne s’agit pas seulement de ne pas payer les transports. Il faut aussi faire payer ceux qui nous transportent comme des objets ou du bétail à l’abattoir de ce monde de merde. Il faut, et c’est possible, mettre un grain de sable dans le bon fonctionnement des transports. Tout en n’oubliant pas que la RATP (et la SNCF etc.), comme toute structure d’exploitation et de répression, est faite de plein de petits rouages : bâtiments, véhicules, ameublement, portiques, machines, caméras, écrans… et êtres humains. Surtout des êtres humains. Et parmi eux il y en a certains, comme les contrôleurs et les agents de sécurité, qui ont bel et bien choisi (et qui l’affirment) leur rôle de flicaille. Il s’agit d’individus qui ont fait et font des choix, et en portent la responsabilité. Ils ont un nom et une tronche.
De notre côté, si être pauvre n’est presque jamais un choix, avoir pleine conscience de la guerre sociale en cours et y prendre partie, ne pas se résigner, mais reconnaître et viser les différents ennemis, c'est bien un choix, ça aussi.
Voilà donc quelques raisons en plus de s’en prendre aux contrôleurs et agents de sécurité. Ils font un taf de flics, ils se croient flics, qu’on les traite comme ils le méritent ! Bien sûr, avec un beau sourire...

Brèves - juin 2013

• Ni démocratie, ni fascisme ! •
Une semaine après l’assassinat d’un camarade à Paris par des fascistes, une semaine après la très démocratique rafle policière de Barbès [cf. page 2], le distributeur de billets d’une banque a cramé à Montreuil (93), la vitre de la section PS du Pré-St Gervais (93) a été transpercée sous les coups, le QG du Front de Gauche situé aux Lilas (93) a été entièrement recouvert de tags. Sur les deux locaux et les murs du quartier, on pouvait notamment lire :« Charognards », « ni 6e République, ni fascisme : révolution ! ». Ni démocratie, ni fascisme ! A bas l’Etat et le capital !
• 1,70€ •
Dimanche 9 juin, peu après minuit, un gars saute un tourniquet dans la station de métro Châtelet. Il se fait repérer par les keufs de la Brigade des réseaux ferrés, qui essayent de le choper. Il résiste et se sauve. Les flics lui donnent un coup de Taser et le mec tombe dans un escalator, se blessant gravement à la tête. Il est ramené à l’hôpital entre la vie et la mort. Pour les porcs en bleu et la RATP, la vie d’un pauvre vaut donc 1,70€.

• Encore un mort en prison •
Le 20 mai, un homme s’est suicidé à la prison de la Santé. Depuis son incarcération en janvier 2012, il avait déjà essayé à deux reprises de se couper les veines. Il est une des environ 100 personnes qui se tuent chaque année dans les prisons françaises. Bien que le suicide puisse parfois être un acte de liberté, en réalité c’est la prison qui les a tuées. Cet homme, comme tous les autres, est la victime d’un meurtre commis par la Justice et ses juges, l’Administration Pénitentiaire et ses matons. Vengeance !
• Splash ! •
Les rodéos en voiture (ou en moto) c’est plus amusant quand on prend les chtars comme quilles. C’est ce qu’ont dû se dire les gars qui, le 17 mai à Gonesse (95) et un mois plus tard à Compiègne (60), ont renversé deux flics qui voulaient interrompre leur jeu. Mal leur en a pris ! Le premier, un gendarme, a chopé un traumatisme crânien, le deuxième, de la municipale, 5 points...hem, jours d’ITT. Gonesse gagne. Au prochain de jouer !

Lettre d'amour aux émeutiers de Stockholm



« Le feu est la réunification de la matière en liesse. Si on garde cela en tête, chaque incendie doit être considéré comme une réunion, un motif de réjouissance chimique. Fumer un cigare, c’est mettre fin à une longue séparation ; faire brûler un poste de police, c’est rapatrier des milliards de molécules en liesse. »

Pendant cinq nuits au moins, les ghettos de pauvres de Stockholm et des alentours se sont embrasés. Comme souvent, l’étincelle qui a mis le feu à la poudrière fut un assassinat policier. Comme lors des mémorables nuits de novembre 2005 en France ou de Villiers-le-Bel en 2007, d’Athènes en décembre 2008 ou encore celles d’août 2011 en Angleterre et celles plus insurrectionnelles encore qui frappent la Tunisie, l’Egypte ou la Syrie depuis plus d’un an maintenant et dans les dernières semaines en Turquie. Comme à chaque fois, notre solidarité va à tous ceux qui prennent la rue pour en faire baver aux flics et aux institutions qu’ils réussissent à se mettre sous la dent. Elle va à toutes celles et ceux qui, le courage au cœur et la résignation en berne, face à la médiocrité et l’ennui que nous offre ce monde de merde et ses faux-choix entre travail et chômage, école et prison, allument la nuit avec joie et vengeance.

Flics caillassés, commissariats défoncés, une centaine de voitures réduites en cendres, écoles cramées, bref, des vacances en plus pour les indésirables. Et pendant quelques instants, l’inversion de la balance, quand ce sont les flics et les bourges qui deviennent indésirables et que la peur change de camp. Et tout cela, au cœur même de la social-démocratie modèle, la meilleure élève de la classe du concert des proprets Etats démocratiques. La Suède et son modèle économique et social si parfait, mais ça, c’était avant que les masques ne tombent.

Dictature ou démocratie, il n’y a pas de meilleur mode de gouvernement et il n’y a pas de « moins pire » qui puisse nous satisfaire parce que nous ne voulons plus êtres gouvernés et nous ne voulons plus de leur paix, car elle ne signifie que notre misère et notre domestication. Emeutiers de Stockholm, comme tant d’autres avant vous, vous avez visé juste, vous vous êtes attaqués aux outils de notre domination. Vous avez prouvé que tant que l’humain se condamnera à vivre sous le règne de l’économie et de la domination, il n’y aura de possibilité émancipatrice que dans la destruction et la propagation du désordre.


Et le désordre est fertile...

Paris, le 6 juin 2013 dans l’après-midi

14h  : Plusieurs dizaines de cars de flics en tout genre prennent position tout autour de Barbès et de sa fameuse ZSP (zone de sécurité prioritaire). Ils ferment les rues avec les camions et raflent au faciès des vendeurs à la sauvette, sans papiers et pauvres en tout genre.

16h25  : Certaines rues sont débloquées pour laisser l’accès aux sorties d’école ce qui laisse croire que l’opération est terminée. Mais plusieurs personnes sont prises au piège par des groupes de flics en civils réussissant à se fondre dans la population et à continuer les interpellations. Les personnes arrêtées sont ramenées menottées dans les bus d’embarquement stationnés sous le métro.

17h  : Passage du Havre un rassemblement appelé par des proches et des camarades de Clément Méric est organisé. Il regroupe plusieurs milliers de personnes venues se recueillir à l’endroit de son assassinat par des fascistes la veille au soir.

18h  : Toute la journée les politiciens de tout bord se sont succédés dans les médias. Certains se retrouvent au micro place Saint Michel, pour le rassemblement appelé par le parti de gauche rejoint par toute une clique politicienne allant des centristes à l’extrême gauche.Retour ligne automatique
Heureusement certains ne parviendront pas à intervenir, hués par une foule pas dupe. En effet, ceux-là mêmes qui planifient et organisent la chasse aux sans-papiers veulent aussi récupérer la mort d’une personne qui de par ses engagements luttait contre le racisme. C’est le grand jeu de la récupération politicienne où l’on nous explique que pour lutter contre le fascisme il faut constituer un front commun et défendre la démocratie. Fascisme et démocratie sont les deux faces d’une même pièce, deux modes de gestion de l’Etat qui font prospérer le capitalisme.

20h  : Plusieurs centaines de personnes partent en manif sauvage et traversent la capitale criant « d’Istanbul à Paris, à bas l’Etat, les flics et les fachos » en direction du local de l’œuvre française, groupuscule fasciste. Le cortège laisse des traces de son passage : poubelles renversées, tags, autocollants, vitrines de banques martelées…

20h30  : Des personnes se retrouvent devant le commissariat de Clignancourt pour visibiliser le départ des personnes raflées vers le centre de rétention. Les coups de matraques et leur petit nombre ne les empêcheront pas d’exprimer leur solidarité.

Face aux rafles, aux violences d’Etat, aux violences fascistes, aux charognards et à la résignation exprimons notre colère dans la rue ! Faisons en sorte d’entraver concrètement le travail des flics, opposons-nous aux expulsions et ne laissons pas les fascistes et leurs idées envahir l’espace et pourrir nos vies. Organisons-nous pour s’attaquer à toutes les formes de dominations et tendre vers la liberté.

Contre les flics et les fascistes, mort à l’Etat et au capitalisme.

A bas la France

A BAS LA FRANCE. Parce que nous n’oublions aucune de ses horreurs, parce que ses massacres et ses bombardements qu’ils soient humanitaires, colonialistes, nationalistes, pour du pétrole ou pour son honneur nous ont exterminés, nous ont fait croire qu’il n’était plus possible de choisir la rébellion. Nous lui crachons dessus, nous nous essuyons avec son drapeaux, nous dégueulons sa marseillaise, nous brûlons ses postes-frontières et nous profanons ses sanctuaires et ses idoles tachées du sang de nos frères et sœurs apatrides.

A BAS TOUTES LES NATIONS ET LES FRONTIÈRES. Parce que la prétendue appartenance nationale n’est pas innée, mais enseignée à coup de servitude, parce que c’est un concept religieux, on est français, tunisien, portugais ou malien exactement comme on est chrétien, musulman ou juif, et on vote exactement comme on va à la messe. Parce que c’est au nom des nations que riches et puissants d’endroits différents mais tous de la même puanteur, se font la guerre à coup de chair à canon. A bas toutes les frontières, parce que, comme toutes les autres normes, elles définissent les indésirables et elles séparent les bonnes des mauvaises graines, français ou immigré, avec ou sans papiers, barbare ou civilisé. C’est en leur nom que chaque jour, l’ordure étatique et policière et les collaborateurs de la machine à expulser raflent, enferment, expulsent et tirent à vue le long des lignes de démarcations étatiques.

A BAS TOUS LES POLITICIENS. Parce ce sont eux qui administrent la si banale apocalypse permanente dans laquelle nous vivons depuis des siècles, passant des mains des maîtres à celles des curés puis des propriétaires pour finir sous la coupe de la marchandise et du contrôle diffus. Car que ce soit à coup de frappes chirurgicales, de matraque, de justice, de guerres propres ou de paix sale, de prison et de turbin, de camps humanitaires, de concentration ou d’extermination, de référendum, de beaux discours ou de bombes atomiques, les politiciens n’ont pour seul but que de maintenir leur pouvoir et de l’étendre, se concurrençant les uns les autres pour la mainmise sur le bétail du parc humain.

A BAS LA RÉSIGNATION. Parce que la liberté n’apparaîtra pas miraculeusement, parce que le capitalisme ne s’effondrera pas tout seul, parce que ceux qui tombent sur les lignes de front de la guerre sociale ne doivent pas rester seuls face aux juges et autres croque-morts de ce monde, parce qu’il ne sert à rien de se plaindre et que nous ne voulons plus être des victimes, parce qu’il n’y a qu’une seule entité réelle, la terre, et que dans les conditions qui nous y sont faites, il n’y a qu’une seule façon d’y vivre : à couteaux tirés avec ce monde de fric, de prison, de pouvoir, de contrôle, de médiocrité et d’ennui.

Parce qu’on ne peut entrer dans un monde meilleur autrement que par effraction.


Dans cette guerre sociale, n’écoutons plus les sirènes nationalistes et politiques, car comme les feuilles, les promesses tomberont l’automne venu. Dans un monde où toute liberté est désordre sauf celle de consommer et de choisir son maître, il n’y a rien à défendre, mais tout un ordre à attaquer partout où il se trouve.


Pour un monde sans Etats, ni patries, ni frontières, ni prisons, ni nations.


Que nos passions détruites se transforment en passions destructrices
 
  [Affiche trouvée sur les murs de Paris, avril 2013.]




Mauvaises rencontres ?

En mai dernier, la préfecture de police organisait dans plusieurs collèges de Paris une opération de prévention des « risques de mauvaises rencontres sur la voie publique ». Un communiqué de la préf nous explique avec gravité que « les ados sont de plus en plus autonomes et effectuent les déplacements du domicile au collège sans être accompagnés ». L'autonomie, ce fléau capable de remettre en cause à lui seul l'idée même de police... Des flics en uniforme sont donc retournés à l’école pour éviter le drame, ce qui, nous direz-vous, ne changera pas beaucoup des profs pour ces bagnards à cartables que sont les collégiens. Déjà obligés de se lever tôt le matin pour apprendre l'esclavage qui les attend plus tard, déjà obligés d’écouter les sermons des pédagogues officiels du régime trente heures par semaine. Manquait plus que les flics, venus leur faire « acquérir les bons réflexes et assimiler les bonnes attitudes en cas de mauvaises rencontres », rien que ça.

Mais fini de rire. Pensons par nous-mêmes un instant au moins et reprenons l'angle de vue qui est le nôtre, et pas celui que nous inculque l'arsenal éducatif et médiatique du pouvoir. Les mauvaises rencontres auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement, ce sont bien les rencontres avec la flicaille, ses contrôles permanents, son ordinaire violence, ses caméras rivées sur nous, ses coups de flashballs dans la gueule, ses insultes et ses assassinats (qu'ils soient tolérés ou non par la légalité). Loin de nous l'idée de nier le cannibalisme social qui pourrit tout autant nos vies, cette guerre aveugle entre pauvres et misérables pendant que la bourgeoisie attend patiemment dans les gradins de pouvoir nous dégager à coups de flic et de fric.

Mais nous souhaitons poser une question simple : dans un monde sans fric, sans valeur économique et sans concurrence entre les individus et les groupes sociaux, qui volerions-nous ? Se poser les bonnes questions, c'est identifier l'ennemi, c'est comprendre l'autorité afin de la détruire. Ne vois-tu pas, au bout de ce labyrinthe, la liberté qui nous tend la main ?